Pompéi : son histoire jusqu’en 79 après J.-C.

 

Pompéi, fondée par les Osques, subit d’abord une forte influence grecque et étrusque. Puis les Samnites l’englobent dans leur zone d’expansion. Après les guerres samnites la ville entre dans la sphère d’influence romaine avant de devenir une colonie romaine en 80 avant J.-C.. Elle sera brutalement détruite en 79 après J.-C. par une éruption du Vésuve.

 

I. Les Osques fondent Pompéi

 

C’est un marché au carrefour des routes de Cumes, Nola et Stabies, peut-être la fusion de cinq villages (pumpe en osque signifie cinq).

Exemple écriture osque

Stèle portant une inscription en osque (British Museum, Londres). Vers 300 – 100 avant J.C. Trouvée dans l’arche intérieure de la porte de Nola à Pompéi. Se lit de droite à gauche : “Vibius Popidius, fils de Vibius, magistrat principal, était responsable de cet ouvrage et l’a approuvé”.

 

La ville connaît un développement urbain progressif.

Dès la première moitié du VIe s. av. J.-C. elle se développe avec sa muraille qui englobe les 66 ha qu’atteindra la ville à sa plus grande expansion, une occupation dispersée avec des édifices religieux en deux ensembles (le temple Apollon près du forum et le temple dorique près du forum triangulaire), des secteurs d’habitat et de grands espaces vides.

 

II. La ville subit d’abord une forte influence grecque et étrusque

 

A. Les Grecs colonisent la Campanie au VIIIe s. av. J.-C.

 

Les Grecs sont intéressés par les céréales cultivées par les Osques et le monopole commercial des ressources minières de l’île d’Elbe et de l’Etrurie.

Ils s’installent sur les rives du golfe de Naples, d’abord dans les îles d’Ischia et de Procida vers 770 puis sur terre vers 740 en fondant Cumes.

 

 

Iles d'Ischia, de Procida et de Capri

Les îles d’Ischia et de Procida

Ils prennent position sur un certain nombre de sites dont Pompéi en construisant le temple dorique au centre du forum triangulaire sur un promontoire qui domine l’Arno.

Ils ne se mélangent pas à la population osque qui a son forum plus au nord-est et se ménagent un accès facile au port.

Ils ont une intense activité commerciale maritime.

 

B. Les Étrusques s’installent en Campanie à la fin du VIIe s. av. J.-C.

 

Les Étrusques fondent Capoue (Volturnum) en 524 et des cités regroupées autour d’une ville qui les dirige.

Certaines cités maritimes comme Tarquina et Caere connaissent un développement important grâce au commerce avec les cités grecques du sud. Elles tiennent Rome, le verrou du Tibre, ce qui leur permet de s’affirmer en Italie centrale. Elles passent ensuite aux mains des Etrusques de l’intérieur.

Les cités de l’intérieur s’implantent durablement en Campanie vers 525 en fondant une dodécapole avec Nola, Nuceria, Pompéi, Icalatia, Sorrente, Marcia, Stabies ?, Suessula…, villes qui existent déjà.

 

C. Les Grecs occupent à nouveau Pompéi de 474 jusqu’à 424

 

Ils restaurent les temples, créent des quartiers au plan géométrique (région VI) et établissent des murailles.

 


III. Puis les Samnites englobent Pompéi dans leur zone d’expansion

 

A. Les Samnites descendent dans la plaine par une pénétration lente à la fin du VIe s

 

Les Samnites, peuple montagnard, de langue osque, sont attirés par la fertilité des plaines et sont bien accueillis par la population indigène osque qui supporte mal le joug des colons grecs et étrusques. En arrivant dans la plaine ils prennent de nom de Campani.

 

 

Soldats samnites

Soldats samnites – Tombe à fresque de Nola, 4ème s. av. J.C. – Musée archéologique national de Naples (inv. nr. 9363).
 

Un rituel d’origine indo-européenne, le “ver sacrum” ou “printemps sacré” veut que lorsqu’une disette ou une épidémie s’abat sur les maigres revenus agricoles d’une population et met en danger la survie du groupe, l’on voue à Mars les enfants qui naîtront au printemps suivant.  Ceux-ci, parvenus à l’âge adulte, guerriers farouches, partiront fonder une colonie en s’emparant des terres nécessaires à la survie du groupe.

En 438-437, ils débutent leur descente vers la plaine de Campanie.

En 424, ils prennent Capoue et massacrent les habitants.

En 421-420 ils prennent Cumes, saccagent la ville et réduisent les survivants en esclavage. Naples résiste mais est contrainte d’accueillir quelques Samnites et de les traiter en amis.

Ils respectent et profitent des apports des civilisations antérieures en s’inspirant des modèles architecturaux grecs et étrusques. Ils adoptent leurs maisons italiques et leur mode de vie.

En 424, ils conquièrent Pompéi et transforment la ville et l’agrandissent.  Ils édifient le centre historique et la muraille d’enceinte, modifient l’architecture de certaines maisons  avec un atrium de type toscan.  Ils transforment les édifices publics du forum triangulaire et le temple d’Apollon dans le Forum civil.

 

B. Les guerres samnites

 

En 343-341 la deditio de Capoue à Rome provoque la première guerre samnite.

Entre 326 et 304 la deuxième guerre samnite voit la défaite romaine aux Fourches Caudines en 321. En 312 Rome construit la via Appia qui relie Rome à Capoue.

La troisième guerre samnite appelée aussi guerre italique a lieu de 298 à 290. Les Samnites, les Étrusques, les Ombriens et les Gaulois du Nord s’unissent contre Rome qui se bat en 302 contre les Étrusques, en 299 contre les Ombriens, en 298 contre les Samnites. En 295 les Romains l’emportent à la bataille de Sentinum et envahissent le territoire samnite. Ils remportent la bataille d’Aquilonia en 293.

Les Samnites demandent la paix. Ils perdent une partie de leur territoire, doivent fournir des troupes à Rome et des subsides et deviennent de “véritables sujets forcés d’obéir en tout à Rome”.

 

IV. Pompéi entre dans la sphère d’influence romaine à la fin des guerres samnites

 

La ville connaît un renouveau architectural avec une nouvelle muraille à agger (talus interne contrebutant la muraille) sur 3 km, le réseau des rues est régularisé avec deux axes est-ouest et trois axes nord-sud.

 

A. Au cours du IIe s. av. J.-C. la Pompéi samnite sous domination romaine connaît son “âge d’or”

 

C’est une escale maritime et routière qui vit du commerce et de l’agriculture (zone très fertile).

Le développement architectural est important (monuments publics, demeures aristocratiques de proportions considérables comme la maison du Faune de 3000 m² qui rivalise avec les palais contemporains de Macédoine).

 

B. A la fin du Ier s. av. J.-C. la ville se développe encore


Grâce à :

 

– à l’arrière pays volcanique fertile : vignes (le cépage Holconia cultivé près de l’amphithéâtre par la famille des Holconii qui vend directement son vin aux spectateurs)

 

Dionysos buvant et chevauchant un tigre

Dionysos enfant buvant et chevauchant un tigre – Mosaïque provenant de la Maison du Faune à Pompéi –
Provenant de la Maison du grand-duc de Toscane (IX, 2, 27) à Pompéi – Musée archéologique national de Naples

 

sa position géographique

la mer poissonneuse

 

Poissons et canards, mosaïque romaine

Mosaïque aux poissons et aux canards – Musée archéologique national de Naples

 

– les meules en pierre volcanique des moulins à huile

 

Coupe d'argent aux rameau d'olivier avec des olives

Vase d’argent de type canthare aux rameaux d’oliviers avec des olives – Provenant de la Maison du Ménandre à Pompéi – Musée archéologique national de Naples (inv. 145513)

 

Les conséquences de ce développement sont :

à l’extérieur, l’accroissement de Pompéi par rapport aux autres villes

à l’intérieur, l’accroissement démographique, l’augmentation du niveau de vie.

Les commerçants exportent de l’huile, du vin, des parfums de fleurs (rose, giroflée, crocus), de feuilles (myrte, vigne), de racines (iris, valériane), de fruits (coing, myrte, laurier).

 

 

Nature morte au panier de fruits et vase

Nature morte au panier de fruits et aux vases – mosaïque de Pompéi – Musée archéologique national de Naples

 

Les entrepreneurs embellissent de somptueuses demeures le long de la voie de l’Abondance, acquièrent des objets précieux et des bijoux.

 

Rue de l'Abondance à Pompéi

Rue de l’Abondance – Photo Elisée Reclus (1830-1905)

 

 

V. Au Ier s. av. J.-C. Pompéi devient romaine

 

A. Lors de la Guerre sociale, en 90 av. J.-C.,  Pompéi s’engage aux côtés des villes rebelles face à Rome

 

La guerre sociale (du latin socii, alliés) oppose la République romaine à ses alliés entre 90 et 88 qui réclament la citoyenneté romaine. Ils l’obtiendront après… avoir été battus.

Pompéi s’engage aux côtés des villes rebelles face à Rome.

En 89 après de durs combats les Romains donnent l’assaut entre la porte d’Herculanum et celle du Vésuve. La muraille porte encore les traces des projectiles tirés par les machines de guerres romaines et six inscriptions en osque (appelées inscriptions eituns) destinées à permettre aux défenseurs de rejoindre leur poste rapidement sans se perdre au moment de l’assaut ont été retrouvées.

Sylla l’emporte, les Romains s’installent dans la Pompéi samnite sans construire une nouvelle ville.

 

 

Sylla

Pseudo-« Sylla », copie libre (sans doute époque augustéenne) d’un portrait de Romain important du IIe siècle av. J.-C. En raison des nombreux points communs avec le pseudo-« Marius » (proportions, tour de tête raide, bouche ouverte et gros yeux), on estime que ces deux statues (frères, adversaires ?) ont pu être conçues et exposées ensemble dans une galerie de portraits. – Glyptothèque de Munich

 

B. En 80 av. J.-C. Pompéi devient une colonie romaine

 

La “colonia Cornelia Veneria Pompeianorum” est fondée par Publius Cornelius Sulla, neveu de Sylla.

Des vétérans et des citoyens romains s’y installent aux côtés des anciens habitants non sans tensions selon Cicéron (Pro Sulla, 60-62).

Les espaces publics sont mis à disposition de la communauté, les secteurs suburbains se développent.

A l’époque impériale la ville acquiert une nouvelle parure monumentale et les nécropoles se développent le long des voies d’accès aux abords des portes.

 

C. En 59 ap. J.-C. une rixe entre les habitants de Pompéi et ceux de Nocera

 

à l’occasion d’un spectacle de gladiateurs une rixe entre des habitants de Pompéi et ceux de la ville voisine de Nocera entraine des morts et des blessés. Les spectacles de gladiateurs sont interdits pendant 10 ans par les autorités impériales (Tacite Annales, XIV, 17). Une fresque trouvée dans la maison I, 3, 23 dite Maison du combat illustre l’évènement.

 

 

Fresque de la rixe de 59 à Pompéi

Fresque de la rixe entre des habitants de Pompéi et ceux de la ville voisine de Nocera en 59 – Musée archéologique national de Naples

 

 

D. La vie de la ville sera interrompue brutalement en 79 par l’éruption du Vésuve

 

 

Eruption du Vésuve vue du pont de la Madeleine à Napls- P.J. Volaire

Éruption du Vésuve vue du pont de la Madeleine à Naples, 1782, Pierre-Jacques Volaire (1729-1799)

 

 

Cette fin est relatée dans un autre article :

 

En 79 après J.-C. une éruption du Vésuve anéantit Pompéi en moins de deux jours

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